Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Danny Boyle
Steve Jobs
Sortie le 3 février 2016
Article mis en ligne le 24 janvier 2016

par Charles De Clercq

Synopsis : Situé dans les coulisses de trois lancements de produits emblématiques et se terminant en 1998 avec le dévoilement de l’iMac, Steve Jobs nous entraine dans les coulisses de la révolution numérique pour peindre un portrait intime de l’homme brillant à son épicentre.

Acteurs : Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Sarah Snook, Jeff Daniels, John Ortiz, Michael Stuhlbarg, Katherine Waterston.


Il y aurait deux clans, parait-il, ceux qui sont du côté lumineux de la force et donc Mac (Apple, MacIntosh, Steve Jobs) et les autre, du côté obscur (Windows, Bill Gate) [1]. C’est dire que parler de Jobs c’est entrer sur un terrain d’ordre affectif à défaut d’être divin. Beaucoup de fans se souviendront des grands-messes [2] où Steve présentait un nouveau produit et soulevait l’enthousiasme de toute l’assemblée.

D’un livre à l’écran

Avant de traiter du film, il faut faire mention du livre de Walter Isaacson qui nous présente Steve Jobs comme "un génie et un visionnaire. Quand il décidait de réaliser quelque chose, il ne reculait devant rien pour que cela se fasse. Tout au long de sa carrière, son travail se situa à la frontière entre la technologie et l’art. Son esprit, son franc-parler et sa capacité unique de convaincre et de vendre poussaient ses collaborateurs à se dépasser. Même s’ils ne s’en rendaient pas compte à l’époque, les membres de son équipe apprirent à l’apprécier. Sa constante persévérance lui a permis de réaliser son rêve : changer le cours de l’histoire."

Ce n’est pas la première "biographie" de Steve Jobs pour le cinéma. Il y avait eu Jobs réalisé par Joshua Michael Stern et sorti en 2013 avec Ashton Kutcher dans le rôle-titre. Le film n’aurait pas vraiment séduit. Là où Stern suivait la vie de Steve de 1971 à 2001, Danny Boyle épinglera trois éléments de la carrière de Jobs. Il s’agit donc de bien autre chose qu’une simple adaptation d’un livre. Trois chapitres de quarante minutes chacune constituent ce long métrage : le lancement du Macintosh 128, celui du NeXT et enfin celui du premier Imac (bondy blue).

La vision off-scène de Jobs !

Ces trois lancements sont mythiques, dont le premier, qui a été précédé d’une publicité qui a marqué les esprits lors du Superbowl en 1984. Elle sera Apple "in", la deuxième, Apple "out" et la dernière, Apple "in", le retour ! Les fans, nombreux, de Steve Jobs, autant liés à la marque qu’à l’homme - qu’ils divinisent parfois - seront probablement déçus par la vision qui est présentée de celui qui, à défaut d’être un "dieu" est leur "prophète". Mais peut-on dessiner ou représenter leur prophète ? Il ne s’agit certes pas d’une "caricature" de Jobs, mais d’une vision "off-scène" de celui-ci (et même ob-scène, au sens littéral du mot). Il nous est montré les coulisses de trois représentations, sorte de making-of qui vient casser une image divine. Il ne s’agit donc pas d’un panégyrique, mais d’une mise en scène de ce qui ne doit pas être montré. Et ce qui est vu ici était su par certains, mais ne se montrait pas. Danny Boyle et Aaron Sorkin prennent ici les fans à rebrousse-poil. Ceux qui l’adulent sont et seront déçus parce que l’on montre l’envers du décor, la face cachée, l’homme de et dans l’ombre et pas le côté lumineux, sous les projecteurs. Ils le seront aussi parce qu’il n’est pas question des succès qui suivirent, de la montée en puissance de l’homme qui changea à jamais le monde de l’informatique. On songera, par exemple, à l’Ipod ("prophétisé" dans le film) ou à l’Iphone.

De l’ombre à la lumière...

Steve Jobs est un film de conflits ad intra et ad extra ! Ainsi, sorte de mise en abime inversée, les difficultés furent nombreuses pour produire le film, tant pour le choix de qui le réalisera que pour celui qui interprétera le rôle principal. En réalité, tous deux sont des "seconds choix". Outre les nombreuses difficultés pour trouver l’acteur principal, Sony Pictures a renoncé à produire le film en novembre 2014. Ce sera Universal Pictures qui en rachète les droits ! D’une certaine façon la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire ! On ne s’étonnera pas de cette référence biblique pour un critique cinéma au service d’une radio chrétienne qui ajoute cependant que des difficultés analogues ont marqué la genèse du western Jane Got A Gun qui sortira en Belgique en fin février. Et, pour en revenir à Steve Jobs, si l’Apple-user que je suis n’a pas reçu son compte, en revanche, le cinéphile est comblé. C’est qu’un autre génie est à l’oeuvre, le scénariste Aaron Sorkin, dont on se souviendra de The Social Network et plus encore de l’excellente série The West Wing. Ce sont ces images très fluides de couloirs, de salles où se décide, dans l’ombre, dans les coulisses et parfois le secret, l’avenir du monde. Plus encore, ce sont d’abord et avant tout les conflits, les aspérités relationnelles qui feront avancer les choses qui dépasseront le statu quo. Sorkin retiendra des relations conflictuelles, professionnelles avec Steve Wozniak, Joanna Hoffman, John Sculley, Andy Hertzfeld, ou familiales, avec sa "fille" Lisa Jobs ou sa "petite amie", Chrisann Brennan. Dans ces coulisses, avant de monter sur scène, il nous est donné de voir ces conflits qui seront avant tout de "parole". Il s’agit tout d’abord de la parole, du verbe, de ce qui distingue l’homme de l’animal, mais aussi de la parole donnée, respectée ou pas, de la parole crue ou pas, obviée parfois (ainsi du sens de Lisa, prénom d’une petite fille ou acronyme qui ne veut rien "dire" !?). Il s’agit aussi de la parole "non dite", celle de "reconnaissance", au double sens de remerciement, mais également d’affirmation que "dieu" ne crée pas ex nihilo et qu’il y a une histoire antécédente et des humains qu’il faut remercier. Pour jouer moi-même sur les mots, l’on peut affirmer du film de Boyle/Sorkin qu’il est obscène, car il nous montre ce que l’on ne doit pas voir et qu’il cesse de montrer dès que l’on monte sur scène. Rideau donc, là où les règles d’un blockbuster nous montreraient une foule en délire debout et aux pieds de son "dieu". Les réalisateur et scénariste le basculent de son piédestal pour nous montrer un humain, dans sa fragilité et ses contradictions. Voilà pourquoi le film doit être vu, même s’il risque de déplaire à certains - public, critiques et fans inclus - car il s’agit certainement du plus bel hommage que l’on pouvait faire à Steve Jobs comme l’écrit Christophe Brangé sur le site abusdeciné (j’ajouterais même : et un très bel "éloge" funèbre !).

Un regret toutefois au plan des sous-titres français [du moins pour le sous-titrage (bilingue) à Bruxelles] où le terme technique "slot" (qui désigne un emplacement dédié à une carte spécifique dans un ordinateur, voir illustration ci-contre) soit traduit par logement. Il n’est pas sûr que cela soit compris aujourd’hui. A l’heure du franglais il aurait été plus simple de garder slot.

Liens :

Steve Jobs : Trailer #2 HD VO st fr
Steve Jobs : Trailer #2 HD VO st fr

Situé dans les coulisses de trois lancements de produits emblématiques et se terminant en 1998 avec le dévoilement de l’iMac, Steve Jobs nous entraine dans les coulisses de la révolution numérique pour...
cinebel


Au hasard...

The Gogo Boys : The Inside Story of Cannon Films
le 5 janvier 2015
Les choses humaines
le 20 octobre 2021
Deux fils
le 9 février 2019
L’Atelier
le 16 octobre 2017
Billy Lynn’s Long Halftime Walk (Un jour dans la vie de Billy Lynn)
le 15 janvier 2017
Joe
le 1er septembre 2014
The Commuter
le 8 janvier 2018
Comme un avion
le 9 mai 2015
Layla M.
le 19 octobre 2016
Hommes au bord de la crise de nerfs
le 11 février 2022
Triple Nine (Triple 9)
le 23 février 2016
Ang babaeng humayo (The Woman Who Left/La femme qui est partie)
le 25 août 2017
Saint-Amour
le 13 février 2016
Il Ciudadano Ilustre (Citoyen d’honneur)
le 16 avril 2017
Blind
le 30 septembre 2014
The Duke of Burgundy
le 5 mars 2015
Om det oändliga (About Endlessness)
le 15 février 2020
Sully
le 29 octobre 2016
Blood Father
le 25 août 2016
The Girl on the Train (La fille du train)
le 10 octobre 2016
Mentions légales Espace privé RSS

2014-2024 © CINECURE - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 5.1.4