Genre : Drame
Durée : 104’
Acteurs : Vahid Mobasheri, Maria Afshari, Ebrahim Azizi...
Synopsis :
Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.
La critique de Julien
Palme d’Or 2025, "Un Simple Accident" est sans doute l’œuvre la plus vive de son auteur iranien, Jafar Panahi. Voilà maintenant trois ans que le cinéaste a passé sept mois en prison pour "propagande contre le régime", alors qu’il suivait la situation de son compère cinéaste emprisonné Mohammad Rasoulof, tandis que sortait en parallèle chez nous son dixième long métrage, "No Bears" (2022). Mais fidèle à sa volonté de braver les interdictions de la République islamique d’Iran et de montrer la condition de ses habitants, le réalisateur et scénariste a tourné une nouvelle fois clandestinement, avec une équipe réduite. Dans son nouveau drame assez mouvementé, tout part, en effet, d’un simple accident : un homme nommé Eghbal heurte un chien et rencontre, par hasard, Vahid, un ancien prisonnier politique qui croit reconnaître en lui le tortionnaire à la jambe de bois qui le martyrisait autrefois. Animé par la douleur et la rage, Vahid kidnappe alors cet homme, entraînant avec lui d’anciens détenus dans un huis clos de route où s’affrontent vengeance, doute moral et culpabilité.
Drame sous tension morale, où douleur et justice se confondent dans la zone grise de la vengeance
Aussi glaçant qu’étonnamment parsemé de scènes cocasses, "Un Simple Accident" est un cri du cœur de victimes de violences de la part des agents du régime de la République islamique d’Iran, conduisant l’une d’elles à tenter de commettre l’irréparable, elle qui souffre de traumatismes et de lésions rénales permanentes infligées par son bourreau. Ou du moins, c’est ce qu’elle croit reconnaître en lui, en entendant le couinement de sa jambe de bois. Jafar Panahi nous livre dès lors là son film le plus efficace ; celui qu’on n’attendait pas de la part du réalisateur qui nous avait habitués à des films plus âpres, très épurés, moins scénarisés et proches du docu-fiction. Car "Un Simple Accident" se joue ici dans l’urgence d’une situation tendue, dont les conséquences pourraient être irréversibles. Le réalisateur met alors en scène le vertige moral qui naît quand une victime, mue par la soif de justice et la douleur, en vient à reproduire la violence qu’elle condamne, face à un homme lui-même prisonnier d’un système répressif qu’il sert pour survivre. Questionnant également la nature du doute, la culpabilité et le risque d’erreur, Jafar Panahi nous offre un plaidoyer duquel on ne ressort pas indemne, et dont le final, terrorisant par l’usage subtil du hors champ, reflète à lui seul la peur d’un passé, d’une mémoire qui ne s’efface jamais, au sein d’une société fondée sur la répression, le contrôle social et la soumission. Puissant !
