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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Yann Gozlan
Dalloway
Sortie du film le 17 septembre 2025
Article mis en ligne le 23 septembre 2025

par Julien Brnl

Genre : Thriller, science-fiction

Durée : 110’

Acteurs : Cécile de France, Lars Mikkelsen, Anna Mouglalis, Frédéric Pierrot, Freya Mavor, Mylène Farmer...

Synopsis :
Clarissa, romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Elle trouve en Dalloway, son assistante virtuelle, un soutien et même une confidente qui l’aide à écrire. Mais peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA, renforcé par les avertissements complotistes d’un autre résident. Se sentant alors surveillée, Clarissa se lance secrètement dans une enquête pour découvrir les réelles intentions de ses hôtes. Menace réelle ou délire paranoïaque ?

La critique de Julien

Avant de retrouver Pierre Niney dans "Gourou" (prévu pour 2026) après "Un Homme Idéal" (2015) et "Boîte Noire" (2021), Yann Gozlan dirige pour la première fois notre compatriote Cécile de France dans le thriller technologique "Dalloway", présenté en avant-première mondiale en "Séance de minuit" au Festival de Cannes 2025. Deux ans après le décevant "Visions" (2023) porté par Diane Kruger, le cinéaste revient avec la libre adaptation du roman "Les Fleurs de l’ombre" de Tatiana de Rosnay (2020, Robert Laffont). Thriller dystopique brûlant d’actualité, "Dalloway" raconte l’histoire de Clarissa, une romancière en train d’écrire une biographie sur Virginia Woolf, mais qui, en panne d’inspiration, rejoint CASA, une résidence artistique où l’intelligence artificielle est censée soutenir les créateurs. Tandis qu’un virus confine la population et accentue d’autant plus l’isolement de l’écrivaine, celle-ci se mettra alors à soupçonner l’IA baptisée Dalloway (doublée par Mylène Farmer) de vouloir s’immiscer dans sa vie privée. Bientôt persuadée d’être surveillée, et guidée par un lanceur d’alerte (Lars Mikkelsen), elle plongera alors dans une enquête où se mêleront sentiment d’enfermement, de manipulation et de paranoïa, l’IA exploitant Clarissa jusque dans les méandres de ses souvenirs les plus douloureux...

Ambitieux thriller d’actualité

Tandis qu’on reprochait à sa précédente réalisation de tourner en rond malgré un visuel soigné, "Dalloway" suit malheureusement le même chemin, en plus d’être assez transparent sur son scénario. En effet, on voit assez rapidement où il veut en venir, lequel traite de la création artistique et de la technologie, soit deux sujets qui fascinent son metteur en scène. Ce dernier a dès lors actualisé l’intrigue principale à l’ère de l’IA générative et du confinement. Or, tout comme le faisait déjà Tatiana de Rosnay, Yann Gozlan et ses coscénaristes tissent ici une histoire explorant l’isolement, la dépendance et les menaces de la technologie sur notre intimité, à travers la relation entre une romancière et son assistante virtuelle. Sauf que "Dalloway", en misant davantage sur cette relation, ne se positionne jamais au sujet de la paranoïa qu’il met en scène. Est-elle dès lors justifiée, ou est-ce le fruit de l’anxiété, de l’environnement oppressant dans lequel se retrouve le personnage de Cécile de France, quasi seule à l’écran, face à la voix envoûtante de Mylène Farmer ? Dès lors, le problème n’est pas tant ici la mise en scène, souvent maîtrisée, mais l’absence de véritable point de vue sur les angoisses qu’il raconte.

La forme au détriment du fond

Récit d’anticipation en miroir de nos inquiétudes contemporaines, le film de Yann Gozlan prend alors rapidement le pli de nous immerger dans un suspens en lien avec la psyché de son héroïne, entre délire et menace réelle. Mais il ne fera que ça le long de ses près de deux heures, sans finalement apporter d’éléments nouveaux sur les questions qu’il se pose, et sans pour autant approfondir celle de l’utilisation de l’IA lors de la création artistique. Mais ce n’est pas faute d’une mise en scène soignée, épousant l’ambiguïté palpable de son écrivaine : caméra subjective, gros plans, focales courtes... Le réalisateur sait visuellement comment créer la tension, et réussit à nous immerger dans un univers ultramoderne et high-tech, riche d’une direction artistique réaliste, révélant un univers rassurant, avant de devenir très étouffant. Aussi, le travail du son participe à cette ambiance, avec notamment la bande originale de Philippe Rombi, aux textures étranges mêlant électronique et cordes. Sans oublier la voix de Mylène Farmer et son traitement spatial (et de nombreux plans serrés sur le logo animé de Dalloway), qui appuient un sentiment d’inquiétude croissante et d’intrusion, jusqu’au point de non-retour, à l’image de la fin du film, qui prend la tangente par rapport à celle du livre, plus ouverte. Enfin, on n’oubliera pas de pointer du doigt la prestation toujours aussi mesurée et intense de Cécile de France, ou encore la présence troublante d’Anna Mouglalis (et sa voix caverneuse). Cependant, malgré toutes ces bonnes raisons de le voir, "Dalloway" échoue à garder notre propre tension à son comble tout le long de son cauchemar éveillé, qui plus est assez répétitif. Faute également de dynamisme, le film ne parvient pas à entretenir notre curiosité, tandis que son scénario peine à surprendre, lui dont on comprend rapidement les tenants et aboutissants. En d’autres termes, "Dalloway" est un ambitieux thriller en demi-teinte, lequel ne tient pas ses promesses.



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