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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Óliver Laxe
Sirāt
Sortie du film le 10 septembre 2025
Article mis en ligne le 10 septembre 2025

par Julien Brnl

Genre : Drame, thriller

Durée : 115’

Acteurs : Sergi López, Bruno Núñez, Jade Oukid, Tonin Janvier, Richard Bellamy, Stefania Gadda, Joshua Liam Henderson...

Synopsis :
Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers lancé à la recherche d’une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.

La critique de Julien

Prix du Jury ex-aequo [1] au Festival de Cannes 2025, "Sirāt" est le troisième long-métrage d’Óliver Laxe, cinéaste franco-espagnol d’origine galicienne. Habitué du Festival, il y a déjà présenté chacun de ses films, tous récompensés. Avec ce nouveau récit, il signe sa première sélection en compétition officielle. Quant à son titre, emprunté à l’arabe, il signifie littéralement "chemin" ou "voie", tandis que dans la tradition islamique, le sirāt évoque aussi le pont étroit que les âmes doivent franchir au Jour du Jugement, entre salut et damnation ; une métaphore puissante qui résonne avec la quête au cœur du film. Coécrit avec son fidèle collaborateur Santiago Fillol et sublimé par la photographie de Mauro Herce (déjà primé aux Goya pour leur précédent travail sur "O que arde", 2019), "Sirāt" suit Luis (Sergi López) qui se rend au Maroc à la recherche de sa fille disparue quelques mois plus tôt lors d’une rave party dans le désert. Accompagné de son jeune fils Estéban (Bruno Núñez) et de leur chienne Pipa, il traversera l’Atlas à bord d’une camionnette bringuebalante, en compagnie de ravers se rendant vers une nouvelle fête clandestine, à la frontière mauritanienne, dans l’espoir d’y retrouver non pas seulement de la poussière, mais sa fille...

Entre vacarme du monde, quête intérieure et horizon incertain

Road movie tourné sur pellicule Super 16 mm, profitant dès lors de son grain, "Sirāt" est une expérience de cinéma aussi hypnotisante qu’imprévisible. Notamment filmé sous la chaleur intense et les tempêtes de sable au Maroc, le film d’Óliver Laxe évoque inévitablement - et ce dès ses premières minutes - la saga "Mad Max" de George Miller et Byron Kennedy, mais aussi "Le Salaire de la Peur" (Henri-Georges Clouzot, 1953) et son remake "Le Convoi de la Peur" (William Friedkin, 1977). Le soleil de plomb saisi par l’œil de Mauro Herce, les décors traversés par des véhicules assoiffés, la bande originale assourdissante et hallucinée de Kangding Ray, ou encore les personnages mutilés (incarnés par des acteurs non-professionnels) nous plongent dans un univers crépusculaire, mais duquel la lumière parvient cependant à renaître, tels les protagonistes eux-mêmes. Ces derniers sont alors confrontés à un environnement hostile, mais aussi à un contexte politique volontairement) incertain : à la radio, on entend qu’un "conflit armé a éclaté entre deux pays" ou que "la Troisième Guerre mondiale est en cours", tandis que l’armée marocaine se déploie pour empêcher les fêtards de festoyer. Le soin dès lors apporté à la cinématographie et à l’écriture réussit ainsi à nous immerger sur le chemin qu’emprunte "Sirāt" : une trajectoire vers les ténèbres, mais où l’humanité cherche malgré tout à se frayer un passage. Car malgré la méfiance initiale entre ce père et ses compagnons de route, une forme d’entraide, de communion silencieuse - écrasée sous le bruit lourd des enceintes - finit par naître, dans le chaos perpétuel et parfois cruel de la vie. Ainsi, face à la mort qui frappe sans prévenir ces hommes et ces femmes brisés, certaines phrases prononcées ou entendues, aussi banales que prémonitoires, résonnent comme des avertissements, tels que "Fais tout péter !" ou "Tire le frein à main", ce qui renforce d’autant plus ici l’aspect impromptu de l’existence et presque initiatique de cette traversée... du désert. Œuvre à la fois sensorielle et spirituelle, le film d’Óliver Laxe ne laisse dès lors pas indifférent : il confronte le spectateur à des événements aussi brutaux qu’annonciateurs d’une transformation humaine, que reflète d’ailleurs la prestation de Sergi López et celle de ses partenaires, aussi bruts que naturels, pour encore plus d’authenticité. Cependant, les dialogues peinent à exister, tandis que la transformation en question ne parvient pas à éclore face à la caméra d’Óliver Laxe, embrassant le regard des survivants vers des rails qui s’étirent, implacables, jusqu’à un horizon indéterminé ; une voie toute tracée dont le dénouement demeure inconnu, comme le sirāt lui-même...



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