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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Nisha Ganatra
Freaky Friday 2 : Encore dans la Peau de ma Mère (Freakier Friday)
Sortie du film le 06 août 2025
Article mis en ligne le 8 août 2025

par Julien Brnl

Genre : Comédie

Durée : 110’

Acteurs : Jamie Lee Curtis, Lindsay Lohan, Chad Michael Murray, Mark Harmon, Elaine Hendrix, Stephen Tobolowsky...

Synopsis :
L’histoire se déroule bien des années après la crise d’identité à laquelle les Coleman ont été confrontées. Anna est devenue mère à son tour. Elle a une fille et s’apprête à avoir une belle-fille également. Mais alors qu’elles font face à la myriade de défis que représente l’union de deux familles, Tess et Anna découvrent que, contre toute attente, la foudre peut vraiment frapper deux fois au même endroit...

La critique de Julien

En 2003, Lindsay Lohan et Jamie Lee Curtis échangeaient de corps dans "Freaky Friday" de Mark Waters, adapté du roman éponyme de Mary Rodgers publié en 1972, déjà porté à l’écran avec "Un vendredi dingue, dingue, dingue" (Gary Nelson, 1976). Ayant gagné en popularité au fil des années pour son esthétique et sa bande-son pop/rock très 2000s, son humour de situation et son duo d’actrices devenu iconique, cette comédie familiale générationnelle s’est peu à peu imposée comme un petit film culte – même si certains aspects ont (très) mal vieilli. Abordant les incompréhensions entre générations – les turbulences de l’adolescence d’un côté et la charge mentale d’une adulte de l’autre –, l’échange de rôles favorisait ici une forme d’empathie mutuelle et de rapprochement, le tout dans un ton à la fois léger, drôle et parfois touchant. Les années ont maintenant passé, et voilà que débarque, vingt-deux ans plus tard, une suite. Alors qu’elle semble en avoir (pour l’instant) fini avec ses frasques (addictions, vol, etc.) et démêlés judiciaires (peines de prison et violations de liberté conditionnelle) ayant fait le bonheur de la presse people dans les années 2010, Lindsay Lohan est donc de retour dans la peau d’Anna Coleman, et ce notamment après un caméo éclair l’année dernière dans l’adaptation de la comédie musicale "Mean Girls : The Musical" (2018-2020), elle-même adaptée du film "Lolita Malgré Moi" (également signé Mark Waters, 2004), et dans lequel elle tenait aussi le rôle principal. Quant à Jamie Lee Curtis, elle revient également sous les traits de sa mère, Tess Coleman. Récemment récompensée de l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle dans l’ovni "Everything Everywhere All At Once" (les Daniels, 2022), la fille de Tony Curtis et de Janet Leigh effectue un come-back remarqué sur le devant de la scène cinématographique depuis le retour de la saga horrifique "Halloween" (John Carpenter, 1978), avec la trilogie de David Gordon Green, composée de "Halloween" (2018), "Halloween Kills" (2021) et "Halloween Ends" (2022), ou encore avec "À Couteaux Tirés (Knives Out)" (Rian Johnson, 2019), pour ne citer qu’eux. Bref, on reprend donc les mêmes, et on recommence, si ce n’est sur trois générations, pour un vendredi encore plus déjanté...

Changement de corps pour changement de regard 2.0

Souvenez-vous donc (au cas où vous ne l’auriez pas revu depuis longtemps) : dans "Freaky Friday", une adolescente rebelle et sa mère surmenée échangeaient "accidentellement" leurs corps, les obligeant à vivre la vie de l’autre et à affronter leurs incompréhensions mutuelles. Anna voyait en sa mère une figure autoritaire, rigide, injuste, insensible à ses émotions, et supportait mal l’idée qu’elle puisse se remarier aussi vite après la mort de son père. Tess, de son côté, considérait sa fille comme une adolescente capricieuse, ingrate, égocentrique, irresponsable, et incapable de reconnaître les efforts qu’elle faisait pour maintenir l’équilibre familial, tout en exagérant ses problèmes d’ado. La première, dans la peau de sa mère, allait alors peu à peu prendre conscience de la complexité et de la pression du monde adulte, ainsi que des nombreuses responsabilités qu’il implique, que ce soit envers son petit frère, son futur beau-père, le travail ou encore la famille. Cette situation lui permettait de développer à l’égard de sa mère une forme de respect et de reconnaissance qu’elle n’avait encore jamais ressentie à ce point. La seconde, dans la peau de sa fille, découvrait à son tour que celle-ci souffrait plus qu’elle ne le montrait : harcèlement scolaire, injustice d’un professeur rancunier, poids d’un deuil non résolu… autant de réalités qu’elle avait minimisées jusqu’alors. Un échange standard ayant dès lors permis un rabibochage mère/fille, dégoulinant déjà, à l’époque, de sentiments, soit rien de bien étonnant de la part de Disney. Or, cette suite reprend exactement le même contexte narratif que son modèle, avec dès lors comme un air de déjà-vu.

Signé Nisha Ganatra, venue du monde des séries télévisées, bien qu’on lui doive notamment les films "Late Night" (2019) et "La Voix du Succès/The High Note" (2020), "Freaky Friday 2 : Encore dans la Peau de ma Mère" voit Anna Coleman devenue productrice et manager de musique, à défaut d’être la rockstar qu’elle rêvait d’être. En effet, elle a préféré "avoir une fille toute seule", Harper (Julia Butters), laquelle est aujourd’hui une adolescente rebelle, qu’elle élève avec l’aide de sa mère Tess, quant à elle toujours mariée à Ryan (Mark Harmon). Évidemment, Harper – qui a le temps d’aller surfer avant d’aller en cours – se crêpe le chignon avec une élève de sa classe, Lily Davies (Sophia Hammons), une immigrante britannique vivant seule avec son père (Manny Jacinto), suite au décès de sa mère. Après un incident entre les deux demoiselles en cours de chimie, ces dernières seront dès lors convoquées au bureau du directeur, où leurs parents veufs respectifs se rencontreront, et tomberont aussitôt amoureux. La suite, vous la connaissez déjà ! Ne restera alors qu’un miracle ait lieu afin que leurs parents annulent leur mariage, lesquelles voient d’un très mauvais œil cette union, elle qui changera inévitablement leur quotidien, et fera d’elles des demi-sœurs. Le miracle n’aura évidemment pas lieu, au contraire d’un tremblement de terre, que Anna et Tess ressentiront – méfiantes – comme à l’époque. Sauf que Harper et Lily le ressentiront aussi. La multiplication par deux donnera dès lors non pas un, mais deux switches corporels simultanés, et de nouveaux destins entremêlés. On vous laisse également deviner qui se retrouvera dans le corps de qui, étant donné l’avantage que pourraient en tirer certains personnages, avant que chacun ne soit amené à marcher dans les baskets de l’autre, à comprendre les douleurs respectives, et à cheminer – forcément – vers la réconciliation et l’acceptation.

"Change les cœurs que tu sais dans l’erreur, et tu trouveras enfin ta vraie demeure..."

Cousu de fil blanc, autant dire que "Freaky Friday" ne vise pas haut dans l’ambition, se contentant ainsi de (re)jouer la même partition que son aîné, si ce n’est avec deux personnages en plus dans le body swap. Bourré de clichés sur les adolescents, leurs parents et les personnes âgées en crise, "Encore dans la Peau de ma Mère" surligne alors ses belles intentions, quitte à paraître terriblement artificiel. Trop écrit, et ne laissant rien au hasard (ni même une réplique, sans qu’un personnage ne réponde à l’autre), cette suite se veut sirupeuse, en plus de tourner toujours autour des mêmes thèmes, comme le sens de la famille ou la difficulté du deuil. Écrit par la jeune réalisatrice et scénariste Jordan Weiss, le scénario du film s’empêtre également dans des péripéties surfaites au cours desquelles les personnages principaux cabotinent (un tournoi de sport à raquette, une répétition de danse, un cours de surf, un entretien d’immigration, un dîner de répétition pré-mariage, etc.), tandis qu’il s’éparpille, de plus, dans des sous-intrigues abracadabrantes, comme le cas de l’ex-petit-ami d’Anna (Chad Michael Murray), toujours aussi épris de Tess, ou encore une artiste (Maitreyi Ramakrishnan) produite par Anna, mais inconsolable depuis sa rupture. Le pire – peut-être – est que, dans sa surenchère, le film n’approfondit jamais ses sujets, et ne s’écoute même pas parler. "Se mettre en pause, et changer de perspective", peut-on entendre dire Tess à sa fille, Anna, répétant quant à elle un geste avec sa main, histoire de se calmer, dans toute cette hystérie répétitive. Heureusement, les fans de la première heure pourraient tout de même y trouver leur compte...

Une grande famille à l’humour décalé et gentiment piquant

Même s’il est moins voué à devenir le témoin apprécié d’une époque révolue que son aîné, ce sequel marque des points lorsqu’il se moque justement de la nôtre, ou rigole avec bienveillance des différences d’âge, via, par exemple, des malentendus générationnels, ou tout simplement lorsqu’il attribue certaines choses très actuelles à du passé (ou d’un autre âge). Ainsi, Facebook, Coldplay et autres repulpeurs à lèvres en prennent pour leur grade, tandis que Jamie Lee Curtis est très certainement l’électron libre dont le film ne peut se passer pour amener pratiquement toutes les situations humoristiques (plus ou moins réussies). Aussi, force est de constater que l’ensemble du casting originel a répondu ici présent, ce qui est très appréciable. Cela prouve également l’amour – outre que celui des spectateurs – que les acteurs amusés ont eux-mêmes pour "Freaky Friday". Enfin, cette suite (tardive) parlera à toute la famille, soit autant aux nostalgiques qu’à la nouvelle génération, pour un moment aussi décomplexé et situé dans le même état d’esprit que son aîné, jusqu’au retour sur scène – et que certain·e·s attendaient – de Pink Slip ; du pur fan-service. La boucle est bouclée. Quoi que rien n’est moins sûr, et dépendra de la réponse du public (visé), et sans doute (aussi) de Lindsay Lohan… Quoi qu’il en soit, si "Encore dans la Peau de ma Mère" n’est pas le tremblement de terre espéré (?), il reste une comédie feel-good plus fofolle que "dingue, dingue, dingue".



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