Genre : Thriller, horreur
Durée : 128’
Acteurs : Julia Garner, Josh Brolin, June Diane Raphael, Benedict Wong, Austin Abrams, Amy Madigan, Alden Ehrenreich...
Synopsis :
Lorsque tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un, disparaissent mystérieusement la même nuit, à la même heure, la ville entière cherche à découvrir qui - ou quoi - est à l’origine de ce phénomène inexpliqué.
La critique de Julien
La nuit dernière, à 2h17 du matin, tous les enfants de la classe de Madame Gandy se sont réveillés, sont sortis de leur lit, sont descendus, ont ouvert la porte d’entrée et sont sortis dans le noir, les bras tendus, tels de petits avions s’envolant vers une destination incertaine… et n’en sont jamais revenus. Voilà, pour le moins, une parfaite et mystérieuse mise en bouche pour une œuvre d’horreur ! Second long-métrage du réalisateur Zach Cregger, après la petite surprise horrifique et retorse "Barbare (Barbarian)" (2022), sortie dans le monde sur Disney+ (excepté aux États-Unis), "Évanouis" fait indéniablement partie de ces films qui intriguent et excitent au plus haut point. En effet, il bénéficie d’une promotion savamment – et diaboliquement – orchestrée, que ce soit à travers sa bande-annonce ou via un site promotionnel très réaliste (à découvrir ici), nous invitant notamment à consulter des vidéos de surveillance ou encore un "flash spécial", dans lequel une mystérieuse silhouette en nourrit deux autres, stoïques, à la petite cuillère, dans l’obscurité. Laissant planer (outre 17 enfants) le doute tout en laissant libre cours à notre imagination – à l’image de son titre original, qui signifie "armes" –, sa campagne promotionnelle s’avère être des plus réussies, et prometteuses. Mais qu’en est-il du film ? Une chose est certaine : à l’instar des habitants de la ville fictive de Maybrook, les spectateurs ne sont pas préparés à ce qui les attend. Car Cregger installe un univers qui lui est déjà propre, affirmant sa place parmi les nouveaux visages forts du cinéma de genre.
Les armes ne sont pas toujours celles auxquelles on pense
Pourquoi dès lors seuls les élèves de CE2 de Justine Gandy (Julia Garner) ont-ils disparu, à l’exception d’un garçon timide nommé Alex (Cary Christopher), aussi désemparé que les parents en colère de la paisible banlieue d’avoir été épargné par un sort aussi étrange ? Où sont-ils désormais et comment ont-ils fait pour se volatiliser sans laisser de traces ? Telles sont les questions qui animent les discussions des habitants – parents, familles – déconcertés face à cette disparition collective, bouleversant la communauté. Très vite, pourtant, les soupçons vont se tourner vers cette professeure, alors même qu’elle clame son incompréhension. Ayant eu le privilège du montage final, Zach Cregger, inspiré en partie inspirée par "Magnolia" (Paul Thomas Anderson, 1999), nous immerge aussitôt au cœur de cette curieuse affaire, dont les prémisses sont ostensiblement surnaturelles, et racontées ici par la douce voix d’une jeune fille du coin. Annonçant de plus que "la police et les plus hautes autorités de la ville n’ont pas réussi à la résoudre", cela nous questionne d’autant plus sur l’issue de l’histoire, où le mystère domine tout. Le réalisateur-scénariste prend plaisir à désorienter son public, et confie les rênes de l’enquête non pas à des chevronnés, mais à ceux directement impliqués. De manière volontaire ou contrainte, chacun se met dès lors en quête de sens.
Le cinéaste opte alors pour une mise en scène en (six) chapitres, centrée autour de protagonistes clefs, et selon le point de vue de chacun, au fur et à mesure de l’avancée de celle-ci. Il y a donc bien évidemment Justine, la professeure et figure soupçonnée au passé trouble (Garner), Archer (Josh Brolin), parent en deuil et colère, Paul (Alden Ehrenreich), flic dépassé, Marcus (Benedict Wong), directeur d’école pragmatique, et deux autres individus dont nous tiendrons volontairement l’anonymat. Tout comme dans son précédent métrage, Zach Cregger fait alors évoluer son intrigue paranoïaque par tâtonnements, à travers ces regards croisés, livrant ici et là des bribes de réponses avec parcimonie, que ce soit par des hallucinations, des coïncidences ou une symbolique bien présente, tout en ponctuant chaque segment narratif par un suspense hautement déconcertant, avant de passer au protagoniste suivant - un choix qui privilégie le trouble à une clarté immédiate, et à la construction de l’émotion. Des sentiments aussi vastes que l’incompréhension et la peur traversent alors sa galerie de personnages, qu’il approfondit à juste mesure, tourmentée aussi bien par la perte, la culpabilité, le deuil et d’autres préoccupations somme toute banales, que par des visions cauchemardesques à glacer le sang. Soit donc autant d’armes qui peuvent traumatiser et/ou détruire des vies, et auxquelles fait ici référence de manière métaphorique le titre du film, lequel ne livre alors ses terribles – et euphorisants – secrets qu’au cours d’un dernier chapitre jouissif, où l’arme prend des visages insoupçonnés.
L’inattendu comme (meilleure) cartouche d’arme
On le sait déjà depuis "Barbare" : le metteur en scène sait y faire en matière de frisson (lui qui vient pourtant du monde de la comédie), sans recourir aux facilités du genre. Ici encore, pas de jump-scares téléphonés, mais une montée en puissance méthodique, aidée par la photographie hypnotisante de Larkin Seiple, ou encore la musique étouffante, composée par Ryan et Hays Holladay, et Zach Cregger lui-même. Par son emballage et la construction sous forme de puzzle où les pièces finissent par s’emboîter de manière ludique, le cinéaste amorce alors quelque chose de bien plus sombre, parasite, et malsain qu’espéré. Sans ne rien révéler, on comprend combien les autorités ont été incapables de trouver la moindre piste explicative quant à l’évanouissement de ces enfants. L’œuvre embrasse alors un mécanisme oppressant et totalement obsédant, pour lequel on souhaite indéniablement trouver les réponses, quitte à nous posséder, jusqu’à comprendre vers où il veut en venir. Or, face à la menace, le kitsch s’invite ici à merveille (exceptionnelle Amy Madigan, terrorisante dans sa façon assumée d’être maquillée comme un camion), tout comme le dernier acte épouse une violence nettement plus marquée, allant de pair avec l’étau cathartique qui se resserre. Outre la satisfaction d’un scénario plein de malice, c’est finalement lorsque l’angoisse côtoie l’absurde inventif de Cregger que "Évanouis" excelle. Ce décalage, porté par un humour noir savoureux, est d’ailleurs une signature marquante du cinéma du réalisateur. On se rappelle d’ailleurs du devenir de l’horrible personnage de Justin Long (auquel un sympathique clin d’œil est ici rendu) dans son précédent film. Autrement dit, le metteur en scène aime rompre le sort, tandis que le destin, chez lui, est une roulette russe, imprévisible, cruelle, grinçante, face à laquelle il ne nous reste plus qu’à déposer les armes. Dommage toutefois que le dénouement, au cours duquel le mystère s’évanouis (!), laisse comme un léger goût d’inachevé, de désintérêt soudain, où les conséquences sont à peine esquissées, tout comme c’était déjà le cas dans "Barbare". Qu’à cela ne tienne, le second métrage de Zach Cregger confirme qu’il est l’un des cinéastes les plus audacieux du cinéma de genre actuel. Bref, de quoi augurer (enfin !) un bon reboot pour la franchise "Resident Evil", qu’il réalise en ce moment-même, après l’avoir écrit. Rendez-vous donc en septembre 2026, et avant ça dans les salles pour "Évanouis" !
