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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Ari Aster
Eddington
Sortie du film le 16 juillet 2025
Article mis en ligne le 1er août 2025

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 145’

Acteurs : Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone, Austin Butler, Luke Grimes, Micheal Ward, Amélie Hoeferle, Clifton Collins Jr....

Synopsis :
Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.

La critique de Julien

Quatrième long-métrage du réalisateur Ari Aster après le tétanisant et maudit "Hérédité" (2018), le vertigineux et folklorique "Midsommar" (2019), ainsi que l’ésotérique et fatiguant "Beau Is Afraid" (2023) – pour lequel nous n’avions pas trouvé le courage d’écrire (!), "Eddington" est son premier film à avoir eu les honneurs d’une présentation en Sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 2025, tout en y étant reparti bredouille. Abandonnant définitivement les codes de l’horreur psychologique, le cinéaste s’essaie ici au néo‑western satirique teinté d’humour noir, tout en opérant un virage résolument politique, mais sans renier sa patte de mise en scène (bien au contraire). Situé dans la ville fictive d’Eddington, au Nouveau-Mexique, en plein cœur de la pandémie de COVID-19, le film nous confronte alors à l’opposition explosive entre le shérif local Joe Cross (Joaquin Phoenix) et le maire Ted Garcia (Pedro Pascal) sur fond de récentes fractures américaines. Une poudrière narrative qui va devenir matière à une excessive et percutante tragédie caustique...

Paranoïa dans l’Amérique miniature d’Ari Aster

Si on le préfère définitivement dans l’horreur viscérale de ses premiers films, Ari Aster réussit son "Eddington", étant donné une écriture aboutie, laquelle prend le temps d’installer ses enjeux et de les faire éclater au sein de son melting pot consacré aux tares de l’Amérique contemporaine, et en l’occurrence pas seulement contaminée par la COVID-19. En effet, le cinéaste n’épargne en rien son pays, étant donné la vision peu flatteuse qu’il en a, entre culte de la liberté individuelle poussé jusqu’à l’absurde, fractures raciales béantes, radicalisation politique, prolifération des théories complotistes et des sectes, addiction aux réseaux sociaux, désinformation, déliquescence morale des figures d’autorité, ou encore transformation du débat politique en spectacle grotesque. Dans son "Eddington", le réalisateur et scénariste a donc l’ambition de mettre en scène l’implosion d’un système polarisé et fragilisé, vécu au travers du seul regard d’un individu ayant le devoir de protéger ses concitoyens. Sauf qu’il va lui-même virer à la dérive paranoïaque, jusqu’à devenir le symptôme le plus violent de ce qu’il prétendait combattre. En effet, le personnage de Joaquin Phoenix, Joe Cross, asthmatique, libertaire et populiste, rejetant justement le port du masque, va dès lors s’en prendre au maire de couleur de la ville (Pedro Pascal), soit un centriste technocrate et partisan d’une gestion rigoureuse de la pandémie, défendant une vision rationnelle et modernisatrice d’Eddington. Ce dernier cristallise, en effet, tout ce que Cross rejette, ou craint, en plus d’une rivalité affective, de la jalousie et du mépris social. Tout va alors déraper après une humiliation de trop, le personnage de Phoenix voyant son monde entier se déliter sous ses pieds...

Poussive démonstration de force

Méticuleux et jusqu’au-boutiste, Aster touche alors à beaucoup de choses dans son film. Malheureusement, sa lente, pessimiste et irréversible démarche aboutit finalement à une sorte d’anti-masque de la réalité, qui plus est ultra-violente. Car le brasier, le chaos finit ici par l’emporter sur le sens moral, et tout aspect réaliste préalablement instauré. En effet, le cinéaste appuie ses idées jusqu’à l’extrême, sans épargner tous ceux qu’il convie (politiciens, suprémacistes, antifas, complotistes, flics, idéalistes, etc.) au règlement de comptes, et sans retour en arrière possible ; l’une de ses marques de fabrique. Ainsi, si son savoir-faire est indéniable, son casting aux petits oignons (prodigieux Joaquin Phoenix) et que son film hypnotise d’un bout à l’autre, malgré un rythme mollasson et une dernière partie d’autant plus cynique et grinçante (et clairement de trop), on ne peut pourtant s’empêcher de ressortir de la séance avec un sentiment de superficialité. C’est que Aster, à force de vouloir tout dire, finit par ne plus rien dire clairement... Autrement dit, le soufflé retombe assez vite, avec l’impression d’avoir attendu, et entendu beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Bref, "Eddington" s’avère être un manifeste plus implacable dans ses effets que dans son fond. Et alors qu’il s’annonce être un nouvel échec commercial pour l’auteur après son précédent film déjà porté par Joaquin Phoenix, on espère sincèrement qu’il reviendra à ses premiers amours, lesquels marquent encore aujourd’hui nos (et les) esprits [1]...



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