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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Jean-Christophe Meurisse
Apnée
Sortie le 8 février 2017
Article mis en ligne le 20 janvier 2017

par Charles De Clercq

Synopsis : Céline, Thomas et Maxence marchent toujours par trois. Comme la trilogie de la devise républicaine. Ils veulent se marier, une maison, un travail, des enfants sages et manger tous les jours des huîtres. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère.

Acteurs : Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual.

Film déjà sorti depuis plusieurs mois en France, Apnée sera projeté en Belgique de façon restreinte, au moins au cinéma-Aventure à Bruxelles, tout d’abord dans le cadre des projections mensuelles de GDAC et ensuite dans la programmation habituelle pour le public.

La quasi-totalité des acteurs est ici pour la première fois en cinéma (du moins en long-métrage de fiction) ; certains viennent du théâtre. Le réalisateur est le directeur de la troupe Les chiens de Navarre et il dirige ici trois acteurs de celle-ci. "Diriger", certes, mais en roue libre car s’il y a un bien un "scénario", en revanche il n’y a pas de dialogue écrit. Les acteurs sont donc en mode "impro". Et c’est probablement là la richesse et la grande faiblesse du film. Ce qui est possible, riche et enrichissant au théâtre, nuit au film sur sa durée et ses thèmes.

Apnée a certes un fil conducteur... quoique la séquence où l’on découvre deux patineurs et une patineuse sur glace, totalement nus, mais avec un masque de protection prévu pour le catch, il est bien difficile de faire le lien avec les trois protagonistes principaux... c’est que ces trois-là après avoir patiné de très longues minutes... disparaissent du récit. L’on se dira que c’est le cas de tous les autres... mais, au moins, ils sont sur la route de Céline, Thomas et Maxence. Apnée fait défiler toute une série de saynètes, souvent (très) absurdes et dont certains provoquent (involontairement ?) le rire. Le tout est bien sûr dans la performance, dans l’absurde dénoncé par la pièce qui s’écrit sous nos yeux. Toutefois, il est bien difficile d’y voir plus, justement, qu’une "performance". C’est un peu comme si l’on atteignait ici les limites du genre.

A réserver aux spectateurs curieux, aimant le cinéma expérimental, acceptant de rire avec sérieux de ce qui ne l’est pas. Certains tableaux viennent mettre à mal certaines façons de vivre et de penser en société, au risque d’un absurde que certains percevront comme "sacrilège" ou simplement too much ! J’avoue avoir ri à plusieurs reprises même si j’ai trouvé l’exercice vain et futile. Une expérience intéressante comme spectateur et critique, mais qui n’apporte pas grand-chose de novateur au cinéma. Dans ce domaine Roy Anderson offrait quelque chose de bien plus intéressant avec A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence en 2014 dans une rigueur et une exigence très cinématographiques.

Pour prolonger la réflexion, voici ce que Jean-Christophe Meurisse dit de ses personnages : "Il y a du Diogène chez ces trois héros. Un mélange d’intelligence et de naïveté. Ils croquent, regardent notre France qui est un peu accablée. A 40 ans, la naïveté devient autre, entre la légèreté de l’enfance et une revendication un peu libertaire. Je préfère raconter des choses tristes et révoltantes avec le rire." Il ajoute à propos de ce trouple (trio amoureux composé ici de deux hommes et d’une femme) : "Je n’aime pas trop la psychologie. J’aime que l’imaginaire du spectateur soit actif, qu’il suive des choses réelles, concrètes. Le « trouple » n’est pas une revendication amoureuse personnelle. J’avais peur qu’avec un couple, ce soit trop identifiable. Le trio apporte du décalé, du dérangeant, du symbolique. En ces temps contrariés et contrariants, c’était pousser la provocation, la réflexion, l’exigence, de montrer une forme d’amour possible qui pourrait presque être reconnue." Sur ce thème-là, le cinéphile aura intérêt à (re)voir Home at the End of the World (La Maison au bout du monde) réalisé par Michael Mayer en 2004. Celui-ci adaptait e roman homonyme de Michael Cunningham. Le trouple adulte était là interprété par Robin Wright Penn, Dallas Roberts et Colin Farrel.

N’hésitez pas à prolonger la réflexion par la lecture de ces critiques françaises (parmi d’autres) :

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