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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Emilie Deleuze
Jamais contente
Sortie le 11 janvier 2017
Article mis en ligne le 7 décembre 2016

par Charles De Clercq

Synopsis : Mon père est atroce, ma mère est atroce, mes sœurs aussi, et moi je suis la pire de tous. En plus, je m’appelle Aurore. Les profs me haïssent, j’avais une copine, mais j’en ai plus, et mes parents rêvent de m’expédier en pension pour se débarrasser de moi. Je pourrais me réfugier dans mon groupe de rock, si seulement ils ne voulaient pas m’obliger à chanter devant des gens. A ce point-là de détestation, on devrait me filer une médaille. Franchement, quelle fille de treize ans est aussi atrocement malheureuse que moi ?

Acteurs : Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz.

On ne peut vraiment écrire que la majorité des journalistes qui ont vu le film est contente ! C’est normal se dira-t-on : il ne s’agit pas de la cible de ce long métrage destiné aux adolescents et même aux très jeunes ados et plus encore aux filles qu’aux garçons. Le titre convient finalement pour exprimer le désappointement de la critique face aux films destinés au "grand public" : jamais contente !

Ce n’est pas que ce soit fondamentalement mauvais, mais plutôt d’une adaptation qui paraît inutile d’un livre pour jeunes adolescent(e)s et dont on a lu aucun des trois tomes (et l’on peut craindre une suite puisqu’après Le Journal d Aurore : Jamais Contente, il y a le tome 2 : Toujours Fâchée et le 3e Rien Ne Va Plus et dont le premier volet a déjà été adapté en bande dessinée (illustration en haut à droite). Si les échos que l’on a des (jeunes) lecteurs reflètent leur enthousiasme, l’on peut se dire que le matériau était bon à la base. Que vaut le passage au cinéma ? Dès le début du générique - dont les effets de style créent un lamentable manque de lisibilité du texte - le spectateur apprend qu’ils sont quatre à l’écriture du film : Emilie Deleuze (la réalisatrice), Marie Desplechin, l’écrivaine, Ivan Guyot (Benoît Brisefer : Les taxis rouges) et Laurent Guyot. Ce scénario écrit à huit mains devait donc être solide, bétonné. A l’arrivée, vraiment rien de transcendant. Un film qui ressemble à un épisode de série télévisée pour un mercredi après-midi (à voir s’il pleut).

On ne s’attardera pas sur l’histoire de cette gamine insupportable, irrespectueuse de sa mère, foirant ses relations. L’âge bête dans toute sa caricature. On ne dira rien non plus de la scène finale pour en laisser la surprise, comme un rétablissement après un exercice pas réussi à la barre de gym. Notons aussi l’étonnante évolution vocale de l’héroïne qui part de rien, d’une chanson en français qu’il faut vocaliser comme si l’on avait un pot de yaourt en bouche pour terminer quelques semaines plus tard par l’interprétation de Hate The Taste de Black Rebel Motorcycle Club.

On relèvera néanmoins le jeu de la jeune actrice dont la réalisatrice dit : J’ai vu beaucoup, beaucoup de candidates pour jouer Aurore. Problème, elle est dans toutes les séquences : si elle n’est pas juste, le film est foiré. Même en la filmant admirablement, on ne s’en sort pas… Il fallait donc que je trouve une gamine qui tienne vraiment la route. Il n’y a pas eu d’évidence avec Léna, mais elle est d’une intelligence hors du commun et j’avais l’impression qu’elle aurait la capacité de concentration nécessaire pour le film. Surtout, elle m’a montré pendant un essai une faculté d’invention, une compréhension profonde du personnage qui ont pris le pas sur mes doutes, notamment le fait qu’elle n’ait jamais joué la comédie. Lors de cet essai, c’était comme si elle avait lu le scénario alors qu’elle ne l’avait pas eu entre les mains ! Au moment du tournage, Léna avait 13 ans, et sa vie n’est pas du tout celle d’Aurore, elle n’a pas le même comportement. Ensuite, Alex Lutz dans le rôle du professeur Sébastien Couette. L’acteur suscite l’empathie chez Aurore, mais aussi chez le spectateur [en tout cas s’il a (eu) vocation d’enseigner)]. Par ailleurs, la plupart des jeunes acteurs sont ici dans un premier rôle. Ceux-ci ne sont pas responsables du mécontentement suscité par le film. La cause est à chercher du côté du scénario qui manque de rigueur et de crédibilité. Cela ne devrait pas poser de problèmes au public cible. En revanche, sur un thème analogue, on conseillera aux adultes de se tourner vers Sing Street sorti en fin octobre et que l’on devrait trouver en DVD dans quelques mois.

Voici cependant un lien vers la critique plus positive de Claudine Levanneur sur le site A voir à lire...



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